Quand Paloma rencontre le Pitchfork

On l’avait quittée toute enjouée à l’idée de monter à la capitale se frotter à celui qu’on ne présente plus, précepteur de tendances musicales et découvreur de talents : le Pitchfork. Il est tout à la fois, celui qui dit, celui qui fait : média et festival.

Il distribue les bonnes et mauvaises notes, encense aussi vite qu’il descend et joue le rôle de gourou chez les indés, branchés, hipsters du monde entier.

Pitchfork Paris

Pitchfork Paris

Paloma fait parler d’elle, un peu… beaucoup. Ses courbes intriguent, ses formes fascinent, ses couleurs détonnent,  et les 100 décibels qu’elle chuchote du club à la grande salle donnent des frissons à qui tend l’oreille.

Il a beau être expérimenté et branché, elle n’est pas en reste non plus. Pour son baptême elle a convié Death in Vegas et Dj Shadow et poursuit avec C2C, Breakbot, Camille, Archive, Boys Noize, Dionysos, etc. On lui prête même une aventure passée avec The Rapture

Pitchfork Paris

Pitchfork Paris

Autant dire qu’entre Paloma, « plus belle SMAC de France » selon les non moins célèbres Inrockuptibles, et le Pitchfork Festival, la rencontre s’annonçait électrique, mélodique, et historique, avec pour bande son James Blake, M83, John Talabot, Grizzly Bear, Robyn, Animal Collective, Liars, Wild Nothing, etc.

Départ de Nîmes, direction la Grande Halle de la Villette. Paloma se la joue modeste et trimballe ses 6000 mètres carrés du train au métro.

Arrivée sur les lieux, la nîmoise tombe sous le charme de la structure métallique au sein de laquelle le Pitchfork Festival a posé valises et artistes.

« De Courbessac à Porte de Pantin, l’acier c’est branché ! »

 

Pitchfork Paris

Pitchfork Paris

Pas très attentionné, le garçon la fait patienter plus d’une heure avec les autres invités (pro, presse, vip) alors que les festivaliers se dispersent déjà entre les deux scènes se faisant face.

 

Jour 1 : La rencontre

Les premiers échangent sont flous, pas très convaincants. Elle retiendra la finesse de DIIV et les visuels de Factory Floor, davantage que leur musique. Chairlift absent, bloqué par la capricieuse Sandy, Paloma se console avec François & The Atlas Mountains. Fraîcheur et déhanchés sur des sonorités tribales et colorées.

21h30, il est l’heure d’aller se faire pardonner.

Pitchfork Paris

Pitchfork Paris

Etait ce un duel disproportionné ? Une rencontre trop précipitée ? Paloma devait laver l’affront d’un rendez vous manqué le 20 septembre dernier avec le prodige catalan John Talabot. Le jeune homme n’est pas footballeur mais bien DJ. Sa musique organique éveille les sens, on respire, on frissonne, on déguste et on se laisse porter.

Une performance scénique sobre à l’opposé du cirque de Sébastien Tellier. Le gourou bleu bavarde, parlote, se désaltère et nous gratifie d’un set best of de qualité, entre Lionel Jospin et les hot dogs du festival. Sous un halo de lumières digne d’un retour de Jedi, Tellier livre la pensée du festival : « Le public du Pitchfork : un public conquis et blasé ».

 

Pitchfork Paris

Twin Shadow – Pitchfork Paris

23h25, Paloma se fraye un chemin entre les colonies britanniques en direction de la douceur présumée de James Blake. Dés les premières rythmiques, elle est prise au cœur par la puissance et l’intensité des infra bass. La violence des sons fait fuir certains mais pas elle, charmée par l’ambiance à la fois sombre, brumeuse et romantique de l’anglais. Au crépuscule d’un live enivrant, Paloma parvient même à s’approcher de la scène, désertée par la horde d’hystériques partie applaudir celui qui a su charmer l’Amérique,  de Coachella à Chicago, en passant par les téléspectateurs de TF1, l’antipolitains M83. Grandiloquent, épique, gigantesque voire ronflant ? Le groupe a mis le paquet : lumière aveuglante, étoiles scintillantes, explosions de lasers, présence d’un orchestre philarmonique à peine audible. Le prix du show à l’américaine est attribué à des français ! Émoussée par sa première soirée, Paloma file à l’anglaise.

 

Jour 2 : Le désenchantement

Comme dans toute histoire, celle du Pitchfork et de Paloma n’échappe pas au malentendu. Passés l’excitation et l’émerveillement du premier soir, le second s’annonçait d’emblée moins attractif. Elle avoue avoir craqué pour Wild Nothing sur CD et suivi l’engouement général autour d’Animal Collective, mais ce soir là le Pitchfork n’a pas été à la hauteur.

Insensible à la proposition, Paloma a préféré déambuler dans les arcanes de la Grande Halle. Le nez dans les vinyles Rough Trade, elle prête quand même une oreille à la pop synthétique de Chromatics, la bonne surprise de la soirée. Des sols aux plafonds en passant par la cuvette des toilettes, Paloma s’amuse avec la déco concoctée par Urban Outffiters. Le concept store ne se contente pas d’habiller 80% du public, il envahit aussi l’espace, faisant de la Grande Halle le temple de la culture indé- branchée-hipster-hype.  Pendant ce temps, Paloma reste sceptique : le charme studio de Wild Nothing n’opère pas. Quant à The Walkmen, ils ne la séduisent pas au delà de trois morceaux.

La jeune provinciale ne deviendrait-elle pas trop difficile ? Déçue musicalement, Paloma se plait à retrouver de vieilles connaissances : Woodkid chez les VIP et les Come On People® aux toilettes. ?

22h20, le festival se transforme en dancefloor géant dynamité par une Robyn survoltée, sorte de poupée pop star, véritable ovni scandinave au milieu d’une prog pointue. Le public est déchaîné et Paloma s’interroge sur les goûts de son hôte. Il se veut branché, pointu, exigeant mais cède parfois aux sirènes des charts.

L’effervescence passée, la foule se masse devant l’immense structure gonflable d’Animal Collective. Les quatre tarés de Brooklyn posent le décor de leur musique décousue et fantasque. Il ne faut pas se mentir, les organisateurs ont parié sur le quatuor barré pour illuminer la soirée. Les regards sont accrochés, l’oreille écorchée. Paloma s’évade dans la nuit parisienne, visiblement il n’a pas conclu.

 

Pitchfork Paris - Death Grips

Pitchfork Paris – Death Grips

Jour 3 : L’épanouissement

L’histoire touche déjà à sa fin. Il ne reste plus au Pitchfork que quelques heures pour convaincre la belle. Il fait déjà forte impression avec le programme de la soirée et entame sa cour avec les jeunes prometteurs d’Isaac Delusion.  Visiblement impressionné par l’événement, timide comme au premier rendez vous, le duo parisien convainc les quelques curieux présents. Esthétiques et mélodies léchées, voilà ce que Paloma retiendra des espoirs de la nouvelle scène pop française.

Le Pitchfork fait son effet, Paloma a la tête dans les nuages, émerveillée elle rougit devant le décor poétique de Purity Ring.  Le groupe nous offre la bande son d’un conte de fées.  Le rêve se prolonge devant Twin Shadow. Attention les phrases qui vont suivre ne sont pas objectives, elles sont le fruit d’un coup de cœur musical et charnel pour l’album « Confess » et son chanteur George Lewis Jr. Véritable bête de scène issue d’un croisement entre Lenny Kravitz et Georges Michael, il séduit avec sa pop sentimentale et sa générosité. 45 minutes d’extase où Paloma reprend chaque parole malgré les imperfections et maladresses.  Le son est inégal, les arrangements hésitants et le rendu pas toujours de qualité. Mais ça,  Paloma s’en fout.

Pitchfork Paris - Grizzly Bear

Pitchfork Paris – Grizzly Bear

Paris tenu, elle est séduite. Le gourou indé a réussi son coup et va crescendo. Il faut dire qu’il sait s’y prendre entre douceur et indélicatesse, il fait alors appel à Death Grips. Entre rap et hardcore, rappeur et batteur crachent la violence des lyrics et des samples au visage du public. Paloma ne sait plus sur quel pied danser. Grisée, elle poursuit sa soirée auprès du collectif anglais Breton. Les membres offrent un spectacle aussi bien visuel que sonore, où l’électro et la pop entrent en collision. La force des sons et du chant se met au service de l’image ou bien est ce l’inverse, on ne sait plus. Véritable génies multimédia, les membres de Breton communiquent leur excitation et leur fébrilité à l’ensemble de la foule au travers d’un show inspiré.

Enchantée, Paloma va ensuite toucher à l’ivresse, à l’extase, à la contemplation, face à la performance époustouflante de Grizzly Bear. Le groupe offre à l’audience une prestation stellaire portée par l’album Shileds, véritable concentré de sève pop folk, le tout agrémenté d’anciens morceaux et servi par un décor fantasmagorique. Un live qui touche à la grâce et qui parvient même à faire oublier à Paloma le prix exorbitant de la bière, le froid, le vent, l’arrogance de certains ou les 50 minutes d’attente chaque soir pour trouver un taxi.

« Voir Grizzly Bear et mourir ». Elle sort de là ébahie et se met à rêver des new yorkais devant 1356 néophytes, la Grande salle pour un très Grand groupe.

Pitchfork Paris - The Chromatics

Pitchfork Paris – The Chromatics

Il lui faut bien plusieurs minutes pour s’en remettre alors qu’un nouveau décor s’installe sur scène, celui de l’imprononçable Totally Enormous Extinct Dinosaurs. Le petit génie de la nouvelle disco est bien décidé à faire oublier le live de Grizzly Bear.  Juché dans une structure impressionnante le jeune anglais passe des claviers d’ordinateurs, aux synthétiseurs et arrangeurs, affublé d’un déguisement improbable et de danseuses félines. Les cotillons pleuvent, les beats et samples sont envoyés par rafales ; une ambiance de carnaval dancefloor bien loin de la richesse des mélodies pop que Paloma avait découvertes sur CD. Il reste encore au Pitchfork plusieurs cartouches pour convaincre la belle : de Simian Mobile Disco en passant par Julio Bashmore.

Inutile, celui qui se la joue instituteur à  donner des leçons de bon goût, distribuer des notes, complimenter ses chouchous et exclure les mauvais élèves de la classe de musique indé peut se vanter d’avoir su charmer la nouvelle élève des scènes de musiques actuelles. Paloma repart dans le grand sud séduite, en espérant pouvoir ramener dans ses valises quelques uns des artistes marquants de cette 2eme édition du Pitchfork festival.

 

Marilou Andrieu© / Pablo Elbaz©

 

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