Rencontre avec Madame Moustache

Encore une belle rencontre dans cette année riche en découverte au niveau street art.

Il aura fallu une simple transition entre 2 stations de métro pour m’amener bien plus loin !!! Rue St Denis, au milieu de tas d’échoppes les unes toutes plus plus étonnantes que les autres, un noir et blanc… un format assez grand avec un slogan plus qu’évocateur : “Quand la séduction est une arme”. C’était signé Madame souligné par une moustache, le tout d’un rouge vif… donnant un côté très vintage à l’oeuvre finale.

Il était plus qu’évident que cette première rencontre connaitrait une suite ! Merci Madame pour ton précieux temps… et bonne lecture !!!

Q1 / Bonjour et merci prendre le temps de répondre à mes questions. Tu pourrais te présenter à ceux qui ne te connaitraient pas encore ?

Bonjour, et merci pour ton intérêt quant à mon travail.

Je suis à chaque fois surprise comme une gamine quand on s’intéresse à mon travail, et tout autant touchée.

Pour me présenter brièvement, je suis une parisienne d’adoption qui colle de grandes affiches dans les rues de et d’ailleurs sous le pseudo de Madame souligné d’une moustache.

Je pratique un collage que l’on pourrait qualifier de “vintage”, puisque je n’utilise que de vieux papiers d’époque, que je détourne pour en confectionner des visuels décalés, et souvent légèrement grivois au premier abord. Dans les images que je crée figurent souvent des femmes-hommes, des armes à feu, des animaux etc, toujours accompagnés d’un petit proverbe, d’une petite maxime “maison” écrite en lettre découpées.

Je “colle” souvent dans des quartiers qui me tiennent particulièrement à cœur par sensibilité ou sentimentalisme, aussi, on peut tomber sur mes travaux dans le 1er, 2ème, 3ème, 10ème, 11ème, 18ème etc, si ils ne se sont pas encore “envolés”

 

Q2/ Ma première rencontre avec ton travail (“Quand la séduction est une arme”) c’était rue St Denis à Paris. Quelle est ta façon de travailler aujourd’hui ? Tu as un message à faire passer, un fil rouge dans tes œuvres ?

Ma façon de travailler aujourd’hui n’est pas vraiment différente de celle de mes débuts (j’ai commencé à coller il y a de cela un an et demi), même si je me rends compte qu’à avoir une production plus assidue ces derniers mois m’a largement fait progresser dans la richesse et la diversité de mes thèmes, et m’a également et vraiment dirigé vers des sujets qui me tiennent à cœurs et qui sont bien plus circonscrits qu’à mes débuts.

Je travaille quotidiennement sur mes “visuels”. J’ai à la maison un joyeux foutoir de magazines anciens qui constituent un tas assez informe et magnifique.

Je sais dans lesquels choisir des photos, tout comme dans lesquels choisir des fonds ou encore des typos pour créer une certaine visibilité et lisibilité (tout a fait subjective je le conçoit) dans mon travail.

Donc je passe un temps fou à feuilleter ces pages poussiéreuses et des images vont me sautent aux yeux et au coup bien plus que d’autres, alors je les charcute et comme une évidence je trouve des éléments que je vais venir leur associer pour en ouvrir le sens. Durant toute cette élaboration, mon cerveau marche à trois mille et m’offre une petite phrase qui va finir d’ouvrir le sens de ce que je suis en train de créer.

Les originaux (desquels les affiches que l’on retrouve dans la rue sont de grandes repros en noir et blanc) sont de petits formats (21×29,7 24×32) car j’aime apporter un soin particulier aux détails de matière, comme de couleurs.

Ce que l’on ne voit pas sur les affiches c’est que l’œuvre originale comporte des strates et des strates de papier, colle, scotche, agrafes, épingles, comme pour rajouter une matière un relief que l’image d’origine n’avait pas au sein de son magazine d’origine. Finalement je ne fait que révéler le sens que me semble avoir ces images une fois transposées à notre époque (du coup je m’emballe, et je ne sais pas si je suis très claire).

Le premier objectif, et sans doute le plus important, c’est le profond désir qui m’habite de faire sourire les gens. Il n’y a rien de plus jubilatoire pour moi que de repasser devant un affiche collée préalablement et de voir quelqu’un sourire en la regardant. J’aimerai pouvoir, et c’est sans doutes prétentieux, égayer le quotidien de monsieur ou madame tout le monde et si j’y parviens ne serai-ce que pour quelques personnes, alors ma mission est accomplie.

C’est ce profond désir qui fait que je travail énormément sur la grivoiserie. D’aucun y verront de la vulgarité je ne sais pas, je n’espère pas. L’érotisme a cela de génial qu’il appelle le regard et l’intérêt, que l’on soit ou non d’accord avec ce que l’on voit, au moins on est interpelé et l’on regarde plus précisément que qui nous est donné à voir.

L’érotisme, le coté un peu sexe de mon travail n’est que mon accroche, qui fait que les gens, qu’ils aiment ou pas se souviennent de mon travail.

Derrière cette “première couche” je travaille des thèmes comme la frontière des “genres”, la tolérance (ou l’intolérance qui est quelque chose qui me blesse particulièrement) et plus généralement le thème de l’Amour et de la réciprocité de celui-ci dans les rapports humains.

Et mon fil rouge je crois se place ici, entre l’amour polymorphe et la tolérance.

Q3/ Quels sont tes influences dans ton travail ? Des amis ou des gens que tu admires dans l’art urbain ?

Il n’y a pas très longtemps un ami m’a montré les journaux retravaillé par le commando de graphistes de à la fin des années 70 et c’est vrai que sans le savoir ça participe un peu de ça, comme de tout le mouvement dada aussi je crois. C’est drôle mais ce sont des influences que je n’ai comprises qu’après avoir trouvé la forme qu’à aujourd’hui mon travail.

Il y a je crois un côté un peu punk que je dois à mon frère et ses crêtes adolescentes et un petit côté volontairement et ironiquement niais que je dois à toutes ces conneries de contes de fée auxquels je n’ai jamais cru sans doutes aussi, ajouté à l’amour du jeu de mot de mon défunt grand-père artiste peintre et de mon père artiste fainéant.

Finalement mes influences sont comme mon bureau, c’est à dire un joyeux bordel fait de tout et de rien, ajouté à beaucoup de nostalgie je crois.

Dans l’art urbain j’aime beaucoup le travail de Fred Le Chevalier sans doute pour son côté enfantin doux-amer simple et touchant avec qui je me balade ces derniers temps. Tristan des limbes également, yz, puis pas mal d’autres dont je ne connais pas le nom mais que je remercie pour les surprises et les sourires qu’ils provoquent chez moi quand au détour d’une rue je tombe sur leurs œuvres.

Q4/ Tu participes à une exposition en octobre à Paris. C’est une première ? Tu imagines ton travail en dehors de la rue ? Galeries, musées… ?

Oui j’ai cette expo à Paris, c’est chouette et quand je fait un minuscule rétropédalage, jamais je n’aurai cru que mes blagues sur papier finiraient en expo dans quelque endroit que ce soit, et j’en suis bien évidemment très contente, et j’ai aussi très envie que ça continue, que ça circule et que fauché comme pas fauché tu puisses avoir un de mes travaux chez toi à partir du moment ou tu en as envie.

Ce n’est pas la première en fait, j’ai participé à un festival de street art qui a donné lieu à une expo en juin dernier à Lecco (Italie) et j’ai également exposé à Chateau-Thierry dans le cadre d’une exposition consacrée au street art en juillet/août.

En fait j’aime que mon travail soit dans la rue comme sur des murs bien propres, j’aime les deux et c’est vraiment très plaisant de savoir qu’un travail qui te tient tant à cœur puissent susciter un intérêt pour quelqu’un d’autre que pour ton ou votre cercle proche.

Du coup, comme les gosses j’aimerai voir mon boulot partout où on lui trouvera un intérêt, et où il suscitera le sourire et l’amusement.

Q5/ Sans contrainte logistique et financière, quelle serait ta prochaine oeuvre ?

Refaire tout ton appart ? T’as eu peur hein ? (NDR : Je suis partant pour le salon au moins !)

Non je ne sais pas, le top je crois ce serait de retapisser une caisse de 2m sur 2m rien qu’en collages originaux, truffée de détails, de phrases à sens multiples, de personnages incroyables et d’animaux volants simplement éclairée d’une petite lampe de bureau année 60. Une fois assis dans la caisse, on vous servirait un petit verre de suze.

C’est pas bon mais ça me rappelle mon enfance.

Avis aux amateurs !


Pour les infos !

Vernissage de mon expo le 4 octobre au 56 rue Volta, Paris, à partir de 19h, venez, venez, venez, on rigolera bien !
Je serai également présente à la Braderie de l’Art – 13 et 14 octobre à Metz.

Et une autre expo est à venir à Boulogne dans les mois a venir.

En savoir plus !

www.madamemoustache.fr
http://www.facebook.com/pages/Madame/230980413614517

 




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