Rencontre avec Sara Conti®

Aujourd’hui on s’attarde longuement et avec un plaisir non dissimulé sur le travail de l’artiste belge Sara Conti®.

En avril dernier, je me suis laissé perdre dans Bruxelles… Au détour d’une rue j’ai été hypnotisé par de drôles de personnages géants tout en couleurs. Rondes, féminines, voluptueuses, ces matriochkas ont eu raison de moi et de mon après midi.

Après quelques recherches in situ, j’ai pu obtenir le nom de l’artiste et de retour en France, j’ai espéré que Sara accepte une rencontre, un entretien…

Inutile d’en dire plus…
Merci à Sara

 
 

Q1/ Bonjour Sara… je suis enchanté que tu répondes à quelques questions. Ton travail commence à se propager sur les réseaux, tu pourrais te présenter en quelques mots ?

Bonjour Walter, je suis ravie de répondre à cette interview. Merci beaucoup de me laisser un espace sur Inkulte.

Me présenter… Ah la la… que puis-je te dire… je m’appelle Sara Conti, je vis et travaille actuellement en Belgique. J’ai développé un univers graphique qui s’articule autour de la matriochka et je réalise des collages urbains.

Q2/ Tes travaux sont de grands formats pour la rue. Tu travailles seule ou tu as mis au point un processus personnel ?

Au début, mes collages étaient minuscules ; c’était de toutes petites silhouettes de matriochka en papier, toutes simples avec un contour bleu. Au fur et à mesure, les formats se sont agrandis. Actuellement, il m’est possible de coller des poupées de 2m60x180cm, en une demi-heure, grâce à une escabelle que je transporte. J’ai déjà fait des formats qui vont bien au-delà, mais alors, il faut une infrastructure qui me permette de me hisser jusqu’à 5 mètres de haut.

Quand on colle sauvagement, ce n’est pas l’idéal ahah.

Pour répondre à ta question : Je travaille seule, dans le sens où il n’y a pas d’équipe fixe autour de moi, mais bien évidemment, je ne pourrais pas faire grand-chose sans l’intervention de précieuses personnes qui m’aident pour les découpes et ensuite pour le collage. Coller de grandes pièces seule, en rue, c’est impossible. Et garder un rythme de travail soutenu, avec toutes les découpes que mes pièces comportent, c’est également inimaginable.

Dans l’état actuel des choses, nous sommes en général 3 : une personne m’aide pour la découpe et une autre pour le collage.

Q3/ Ma première rencontre avec ton travail, c’était rue Ste Catherine à Bruxelles sur une devanture de magasin. Tu travailles à la commande ou c’est “totalement illégal” ?

Ah je pense que tu parles du collage « Mother of Stones 2 » : une grande guerrière avec des fennecs orange fluo.

C’est du collage sauvage.

Dans le cas du collage de la rue sainte Catherine, c’était une palissade de chantier. J’ai demandé au boss s’il serait ok pour un beau collage dessus, il a dit oui. Je sais rarement où je colle à l’avance. Donc j’improvise. Si un mur qui appartient à un particulier ou un bistrot  m’intéresse, j’en parle. Parfois on me dit non, souvent c’est oui.

La police s’est parfois arrêtée et m’a interpellée, mais je dois dire que dans les grandes villes, les policiers sont plutôt tolérants vis-à-vis de moi. J’explique ma démarche, ils prennent mon numéro de permis de séjour et de téléphone, me font un peu la leçon, me disent quand même que mes poupées sont cool et ça s’arrête là.

Les gens sont souvent étonnés d’apprendre que c’est du collage sauvage, parce que ce sont de grandes pièces. Mais je confirme : c’est du collage sauvage, réalisé en plein jour afin de photographier le résultat (Mon travail est éphémère, la trace photographique est hyper importante).

Je travaille aussi à la commande. En juillet dernier, par exemple, le théâtre Le Manège de Mons m’a commandé plusieurs grandes pièces. J’ai également déjà bossé pour l’Ecomusée de Bois-du-Luc  et en février prochain, j’ai une commande du Musée du Masque à Binche : je vais réaliser des « Gillettes » de Binche.

Q4/ J’ai lu ton histoire concernant cette passion pour les voluptueuses “Matriochkas” qui sont présentes dans ton travail. Tu peux nous en parler ? Tu pourrais te séparer de ces égéries ?

J’aime beaucoup les matriochkas qui sont d’origine. Tout ce qui est design, déco etc avec des poupées russes, ça a plutôt  tendance à m’ennuyer. Mais les vraies, en bois, peintes à la main, j’adore, c’est vrai. A Paris, l’année passée, j’en ai vu une d’un mètre de haut, avec un nombre impressionnant de petites à l’intérieur. Elle était magnifique et très chère malheureusement.

La matriochka, je l’utilise comme un instrument pour m’exprimer. Je trouve que c’est un puissant symbole de féminité (entre autre). Mes matriochka sont sexuées, ça accentue cet aspect là. Je dis toujours que ce sont les Venus de Willendorf du XXIème siècle.

Poser des déesses de 2m60 de haut dans les rues, c’est un vrai défi.

Et il me semble que c’est important dans un monde très masculin. Et puis ça m’amuse et ça me permet de m’étonner moi-même.

M’en séparer…

Chaque fois que je colle, je me sépare d’une pièce qui a nécessité de longues heures de préparation. M’en séparer définitivement… je n’ai évidemment aucune réponse à cette question. Qui vivra verra.

 

Q5/ La simplicité du graphisme dans tes oeuvres permet de parler au plus grand nombre. Ton travail est-il politique, engagé ?

Je ne sais pas si mon graphisme est simple et je ne sais pas s’il parle au plus grand nombre. Je pense que le réalisme ou hyper réalisme pictural parle bien plus au grand nombre que mon graphisme.

J’espère parler à l’avenir à un nombre toujours plus grand.

Tout ce que l’on fait est politique.

J’ai juste développé une façon de m’exprimer qui m’est propre, j’évolue dans une démarche qui est totalement vivante, je me mets moi-même en jeu en allant coller mes travaux dans les rues.

Je suis une femme, j’utilise donc un personnage féminin pour m’exprimer. C’est comme un personnage de comics. Je fais avec ce que je suis et avec ce que mes moyens me permettent de faire. On peut  tous faire avec ce que l’on a et ce que l’on est. L’important c’est «faire ».

Je mets une grande énergie et un grand enthousiasme dans mon travail. Mais cela reste un acte illégal de coller dans la rue. Je prends la liberté de le faire quand même.

Je ne peux pas savoir l’impact que mes travaux en rue ont sur les gens, je ne peux pas te dire ce que je provoque comme pensée ou réaction, je ne suis que dans ma tête, pas dans celle des autres.

J’exprime mon individualité en collant des personnages féminins si peu conventionnels dans les rues. C’est politique ça, non ? Dans une société où l’on nous considère toujours plus comme des statistiques, des objets qui consomment, c’est bien de prendre la liberté de dire qui l’on est.

 

Q6/ Sans contrainte logistique et financière, quelle serait ta prochaine oeuvre ?

Ahah je ne sais pas trop… Je suppose que j’aimerais expérimenter une pièce très très grande. Et tant qu’à faire être invitée à la réaliser dans une belle ville, au climat tempéré.

 

 

Les expos en cours et à venir :

  • Je participe à une très belle expo qui s’appelle « Escale à Mouscron ». C’est une sélection d’œuvres appartenant à la Collection de la Province du Hainaut.  C’est jusqu’au 18 novembre 2012 à l’espace Brel et Ancienne Piscine de Mouscron (B). http://delicesdelenfer.blogspot.be
  • Du 12 octobre au 11 novembre, j’expose avec Papertom, à l’espace Bis de la Maison de la Culture de Tournai (B) à
    http://www.maisonculturetournai.com
  • En décembre et janvier, j’installe une crèche chez Gaggarin  à Bruxelles à
    http://www.gaggarin.com/
  • A partir de février, je participe à une exposition sur le gille au musée du Masque de Binche (B)  à
    http://www.museedumasque.be/
  • J’ai en projet un livre sur mon travail pour, j’espère, le printemps 2013.

 

Mon site web : http://www.saraconti.com/

Ma page FB : http://www.facebook.com/SARACADABRA

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *