Rencontre avec Jean-François Rauzier

est un français discret. Maintes fois récompensé pour son travail de photographie numérique, son travail est présenté dans le monde entier. Il s’expose cet été dans le Musée Diocésain de Barcelone.

Depuis 2002, il développe son concept de l’HYPERPHOTO. Son travail met en avant l’architecture (dont les maitres catalans Gaudi, Lluís Domènech i Montaner, Josep Puig i Cadafalch…) de façon onirique, hyperréalisme à la limite du fantastique.

C’est aussi une invitation pour le spectateur à un voyage dans la perception de l’image.

Superposition, duplication, torsion, …, rien n’est épargné aux photographies de Jean-François Rauzier, pour créer ses univers si personnel. L’artiste aime faire des séries comme , , Dédales… et affectionne aussi les grands de ce monde (Musiciens, Cuisiniers ou même Street Artistes) qu’il met en scène dans ses créations.

J’ai été tout particulièrement bluffé par le travail de minutie et de justesse de Rauzier…. La technique pour la technique ne m’interesse que peu, mais l’utilisation de procédés ingénieux sous Photoshop® tels qu’utilisés ici, fait éclater un résultat époustouflant de vérité et de passion.

Dans la création ci-dessous, on retrouve les oeuvres et les artistes phares de la culture graffiti comme ,Speedy Graphito ou Darco avec cette phrase qui résume si bien ce milieu : “L’homme écrit sur le sable, moi ça me convient bien ainsi. L’effacement ne me contrarie pas, à la marrée descendante, je recommence“.

__”Moi aussi (NDLR : je suis passioné de ), vous avez vu que je rêve de faire revenir la nature au sein des villes. Le y participe avec la liberté primitive qui l’anime” 

 

A la manière d’Alfred Hitchcock, Rauzier s’intègre dans ses tableaux soit comme personnage lambda, soit en tant que spectateur de la scène. 

__ “J’appelle ce personnage le Man in Black. Ce n’est pas moi, je ne prête ma silhouette que pour représenter l’homme générique, anonyme, celui de Kafka ou de Folon. Il est témoin mais souvent aussi guide, l’initié qui nous invite à voyager derrière lui, “The Stalker” de Tarkowsky“.

Les oeuvres présentes à Barcelone ont en partie été créées pour l’occasion dont des lieux emblématiques comme la Sagrada Familia, Sant Pau ou la Pedrera.



Pour mieux saisir l’univers de Jean-François Rauzier, je vous invite à lire l’entretien qu’il a eu la gentillesse de m’accorder.

 

Q1/ Bonjour … et merci de nous accorder un peu de temps… Vous pouvez nous en dire un peu plus sur vous et votre façon de travailler ?

En ce qui me concerne, vous aurez toutes les infos sur mon site. Pour résumer, je suis photographe depuis 35 ans. Lorsque j’ai commencé, la photographie n’était pas reconnue comme un art plastique majeur et 2 options s’offraient à moi : le reportage (de guerre au vietnam, le plus noble…) ou la publicité. J’ai opté pour la 2nde qui correspondait plus à mon besoin de mise en scène. C’est une excellente école technique qui m’a permis d’apprendre à réaliser tout ce qui est imaginable, mais il manquait une dimension que je trouvais alors dans la peinture et la sculpture.

L’arrivée du numérique environ en 2000 (date à laquelle on pouvait correctement retoucher une image) a comblé ce manque. C’était un peu l’outil que j’attendais depuis 25 ans. D’où cette soif addictive de produire des images maintenant, comme pour rattrapper ces années passées. J’ai alors tout arrêté pour me consacrer entièrement aux hyperphotos, très vite encouragé par mon agent Art en Direct et diverses galeries qui se chargent de tous les aspects logistiques et commerciaux, me laissant totalement disponible pour la fabrication de mes images.

 

Process : lorsque je visite un lieu, je prends tous les points de vue possibles, de haut, de bas, de chaque angle, face, 3/4, etc… Chaque point de vue est photographié au téléobjectif  en plusieurs centaines de clichés, assemblés ensuite sur ordinateur. Je n’ai à ce moment pas encore idée de ce que sera l’image. Je tente d’abord de rassembler le maximum d’infos, de capter la totalité du lieu, vieux rêve de photographe… Ensuite devant l’écran, le jeu de construction commence, j’assemble le tout toujours en essayant d’y rassembler le maximum d’éléments, dans le but de rassembler en une seule image, tout ce que j’ai vu et ressenti en parcourant ce lieu, recréer la réalité du souvenir, mais aussi, c’est un jeu d’architecture. Je me demande ce qu’aurait fait le bâtisseur de ce lieu s’il avait eu les moyens illimités que me procure virtuellement l’outil numérique.

 


Q2/ L’architecture est un élément déterminant dans votre approche artistique. Un vieux rêve d’enfant ? 
.

Oui, j’ai hésité entre la photographie et l’architecture. J’ai des amis architectes, nous nous envions réciproquement… Je pense que ce sont des métiers proches, la création doit s’appuyer sur une bonne technique. L’optique, c’est de la géométrie. Comme en sculpture, photo et architecture utilisent beaucoup la lumière, acteur essentiel.

L’architecture donne le pouvoir exaltant mais aussi inquiétant de modifier radicalement notre environnement. Mon travail me permet d’exercer ce pouvoir en toute liberté et impunité. Beaucoup d’architectes s’intéressent à mon travail, je me demandais pourquoi car ils font déjà des réalisations fabuleuses et je me sens petit à coté d’eux. Ce qui les intéressent, c’est cette liberté poétique ou délirante qu’ils n’ont pas.
 
 

Q3/ J’ai été séduit par les séries sur les musiciens, cuisiniers… et surtout sur les street artistes. Une façon de mettre en scène vos contemporains, ou de rendre hommage à des gens que vous admirez ?

Mes images architecturales sont un hommage au fabuleux héritage que nous avons reçu, le travail de dizaines de générations d’artistes qui nous ont précédé . J’ai prolongé cet hommage avec les bibliothèques (concentré de savoir légué), puis les écrivains qui m’ont nourris et formés. J’ai ensuite continué avec les musiciens, chefs, street artistes…

 

Q4/ Le Musée Diocésain de la ville de Barcelone vous consacre cet été une exposition où 7 pièces ont été créées à cette occasion. Une série Barceloneta avait été réalisée précédemment… Barcelone vous inspire à ce point ?

Barcelone à été un choc pour moi. Je suis résolument baroque, baroque du sud de l’Europe. J’ai trouvé à Barcelone un sommet du genre, a la limite du délire. J’étais dans un état d’excitation indescriptible.
 

Q5/ Tout comme Philippe Ramette, vous travaillez sur la perception des choses. Une oeuvre commune pourrait s’envisager et à quoi ressemblerait-t-elle ?

C’est intéressant que vous me parlier de Philippe Ramette qui exposait aussi chez Art en Direct. Ce qui est intéressant, c’est que pour un résultat semblable dans la distortion de la réalité, nous avons 2 techniques opposées : chez lui  (et chez Georges Rousse aussi) tout est réel, préparé avant, c’est une performance dont la photo témoigne. Chez moi, la prise de vue n’est rien, seulement la captation de tout, tout le travail se fait après, virtuellement.

En publicité, à l’époque de l’argentique, je devais aussi tout mettre en scène avant la prise de vue, un long travail maniaque et fastidieux de préparation, pour quelques secondes de prises de vue en fin de journée. J’ai vécu cela 25 ans et ne pourrais plus revenir en arrière après que le numérique m’ai affranchi de tout cela. Une oeuvre commune ? Je ne vois pas… Nos univers sont parallèles, et je ne les vois pas se croiser…

 

Pour mieux comprendre, je vous invite à visiter en détails le site internet de l’artiste qui a su proposer un système de visite intelligent et très précis de ces scènes numériques.

A voir au Musée Diocésain Barcelone jusqu’au 11 septembre.

www.rauzier-hyperphoto.com




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Commentaires

  1. FracArt dit :

    Indéniablement un travail d’une très grande qualité!
    … mais qu’est ce qu’il doit s’amuser à détourer toutes ces images! 😀

    1. walter dit :

      C’est surtout un travail de follie dans le détails… d’où la présence de loupe à l’expo pour s’attarder sur les détails de ces très grands formats.
      En effet, Jean-François semble bien s’amuser dans son métier !

  2. massart dit :

    Bonjour,
    Les 2 photographies numériques “inkulte_rauzier_archi” et “inkulte_rauzier_architecture_2” sont d’un travail de bâtisseur !
    Elles me font penser aux dessins de Escher, ex : “concave et convexe” 1955, “la relativité” 1953, “en haut et en bas” 1947, “l’exposition d’estampes” 1956… et aussi “le mouvement perpétuel” 1961 …entr’autres !
    cette “obligation”, le besoin de montrer l’intérieur et l’extérieur, l’infini, où – comme un jeu d’architecture – de rassembler le tout en une seule image !
    Merci

    1. Christa dit :

      Bonjour Massart,
      Belle vision et analyse du travail de Jean-François Rauzier.
      Il faut si tu le peut, voir ces photos en réalité… c’est une pure folie au niveau détails.

      Quand tu parles de son côté “bâtisseur”, il ne faut pas oublier qu’il a hésité entre photographe et architecte comme profession… ceci explique sans doute cette espèce de course à le construction dans ces oeuvres…

      Je vais regarder de plus prés les dessins de Escher…
      Merci pour ce commentaire passionné !
      Christa